Le chemin vers l’indépendance énergétique reste semé d’embuches pour la Suisse. Malgré ses efforts croissants pour développer les énergies renouvelables, le pays dépend encore des importations d’électricité, notamment en hiver. Une dépendance d’autant plus problématique qu’elle s’inscrit dans un contexte mondial instable et en constante évolution. Alors pourquoi la Confédération, pourtant riche en ressources hydrauliques, continue-t-elle d’importer de l’électricité durant la saison froide ?
Les raisons qui contraignent la Suisse à importer de l’électricité
En hiver, la demande en électricité augmente fortement, tandis que la production d’énergies renouvelables diminue. C’est ce déséquilibre qui explique en grande partie la dépendance actuelle du pays aux importations.
Une situation énergétique paradoxale
En été, la Confédération produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme. L’abondance d’eau issue de la fonte des neiges permet une production hydroélectrique importante. À cela s’ajoutent l’énergie solaire et, dans une moindre mesure, l’éolien. Ce surplus est souvent exporté faute de moyens de stockage suffisants.
Mais dès que l’hiver s’installe, la situation s’inverse. Le rayonnement solaire diminue, la production photovoltaïque baisse. L’éolien peut parfois compenser mais reste marginal. Quant à l’énergie hydraulique, elle est fortement affectée par le gel et la baisse du débit des cours d’eau. Résultat : une production nationale qui ne suffit plus à répondre à une demande pourtant en forte hausse.
Une demande en forte augmentation en hiver
En hiver, les besoins en courant augmentent considérablement. Les journées plus courtes, les températures basses et le temps passé à l’intérieur augmentent l’utilisation du chauffage, de l’éclairage et des appareils électroménagers. Cette consommation accrue engendre un pic de la demande, difficile à couvrir avec les seules ressources locales.
Une dépendance énergétique menacée
La Suisse s’est longtemps reposée sur ses voisins pour compléter sa production hivernale. Mais ce modèle atteint aujourd’hui ses limites.
Une dépendance aux voisins européens
La Confédération importe principalement de l’électricité provenant de la France et de l’Allemagne. Or, ces pays sont eux-mêmes engagés dans leur propre transition énergétique. Ils doivent donc réduire leur consommation d’énergies fossiles et assurer leur propre approvisionnement en énergies renouvelables. Par conséquent, leurs capacités d’exportation diminuent.
Des risques géopolitiques accrus
Les tensions internationales, comme la guerre en Ukraine, illustrent la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétique. La Suisse pourrait se retrouver confrontée à des interruptions ou à une hausse brutale des prix si ces flux d’importation venaient à se réduire.

Les défis à relever pour atteindre l’autonomie énergétique
Pour garantir la sécurité énergétique, notamment en hiver, la Confédération doit agir sur plusieurs leviers : production, stockage, sobriété et innovation.
Réduire la dépendance aux importations
La première priorité est d’augmenter la production nationale. Le nucléaire étant progressivement abandonné et les énergies fossiles incompatibles avec les objectifs climatiques, les énergies renouvelables doivent être développées à grande échelle. Il s’agit de produire davantage, mais surtout mieux, en privilégiant des solutions durables, locales et adaptées au climat.
Renforcer le stockage d’énergie
Le surplus d’électricité produite en été pourrait être utilisé en hiver s’il était correctement stocké. Aujourd’hui, la Suisse manque de capacités de stockage suffisantes. Le développement de batteries, de stations de pompage-turbinage ou de systèmes de stockage thermique est essentiel pour combler ce manque. La nouvelle loi sur l’électricité prévoit d’ailleurs une réserve hydroélectrique obligatoire pour l’hiver.
Encourager la sobriété énergétique
La sobriété est un levier important. Les ménages représentent un tiers de la consommation totale d’électricité. En adoptant des gestes simples (éteindre les lumières inutiles, optimiser le chauffage, débrancher les appareils), ils peuvent réduire leur consommation sans perdre en confort. Cette logique doit aussi s’appliquer aux entreprises, industries et collectivités.
Quelles alternatives pour remplacer les importations ?
Pour se libérer des importations, la Suisse doit exploiter pleinement son potentiel en matière d’énergies renouvelables.
Développer le potentiel éolien
L’énergie éolienne est particulièrement efficace en hiver, lorsque les vents sont plus forts. Selon Suisse Énergie, deux tiers de la production annuelle d’énergie éolienne ont lieu durant cette saison. Pourtant, la Confédération ne compte aujourd’hui que 13 parcs éoliens pour 47 turbines, représentant à peine 1 % de sa production totale. La loi sur l’électricité prévoit de classer certains projets comme étant d’intérêt national pour accélérer leur développement.
Exploiter toutes les surfaces solaires
Même en hiver, le solaire reste une ressource valable, surtout en montagne. À haute altitude, les panneaux bénéficient de plus d’ensoleillement et de la réverbération de la neige, ce qui améliore leur rendement. La Suisse encourage donc l’installation de panneaux solaires sur toutes les surfaces disponibles : toits, façades, parkings, abris, serres agricoles, infrastructures publiques… Les projets de grandes centrales solaires alpines se multiplient pour renforcer la production hivernale.
Augmenter la production hydroélectrique
Elle est déjà la principale source d’électricité du pays. Mais son potentiel n’est pas encore totalement exploité. La loi sur l’électricité de 2024 prévoit la mise en œuvre de 16 projets hydroélectriques : 13 extensions de centrales existantes et 3 nouvelles installations. L’objectif est d’augmenter la production nationale, tout en préservant l’environnement.
Conclusion
La dépendance de la Confédération à l’électricité importée en hiver est un défi stratégique. Pour y faire face, elle doit diversifier ses sources d’énergie renouvelable, développer ses capacités de stockage, inciter à la sobriété énergétique et accélérer les projets structurants. Grâce à une politique cohérente et ambitieuse, elle pourra progressivement sécuriser son approvisionnement hivernal et tendre vers une autonomie énergétique durable.





