La loi sur l’électricité, adoptée en juin 2024, marque un tournant dans la politique énergétique suisse. À travers de nouvelles règles applicables dès 2026, elle rebat les cartes pour les ménages producteurs d’électricité solaire. Alors que la rétribution du surplus injecté dans le réseau public baisse, les batteries solaires apparaissent comme une alternative stratégique pour optimiser l’autoconsommation et accroître l’indépendance énergétique.
Les changements dans la rétribution d’injection
La réforme du cadre légal suisse modifie profondément le système de rachat de l’électricité photovoltaïque produite par les particuliers.
Uniformisation du tarif de rachat
Jusqu’à présent, chaque fournisseur d’énergie était libre de fixer le tarif de rachat de l’électricité injectée par les ménages. Il en résultait de fortes disparités, parfois même entre voisins. Dès 2026, ce tarif sera harmonisé à l’échelle nationale. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) publiera un prix de référence calculé sur une base trimestrielle, en fonction de l’évolution du marché. L’objectif de cette mesure est double : assurer une meilleure équité entre les producteurs et protéger les petits producteurs contre les fluctuations brutales du marché.
Priorité à l’autoconsommation locale
La nouvelle loi favorise également l’usage local de l’énergie produite. Désormais, avant de revendre au fournisseur, les ménages peuvent partager leur surplus avec leurs voisins ou au sein d’une communauté (quartier, commune). Cela s’inscrit dans le cadre des RCP (Regroupement pour la Consommation Propre) ou des CEL (Communautés Électriques Locales), qui valorisent la consommation locale d’énergie renouvelable.
Mise en place d’une rétribution minimale
Pour sécuriser les revenus des petits producteurs, un prix plancher a été fixé. Ainsi, les installations jusqu’à 30 kW bénéficieront d’une rétribution minimale de 6 ct/kWh. Pour les installations sans autoconsommation propre à partir de 30 kW, ce minimum est porté à 6,2 ct/kWh. Si le prix trimestriel de référence descend sous ces seuils, la rémunération minimale s’appliquera. En cas de désaccord entre un producteur et son fournisseur, ce même prix de référence s’imposera.
Les effets de la baisse des prix de rachat en 2025
En amont de l’entrée en vigueur du nouveau système, les fournisseurs ont amorcé dès 2025 une phase de transition.
Tarifs en baisse : une transition anticipée
Plusieurs gestionnaires de réseaux ont commencé à réduire les tarifs de reprise de l’électricité dès le début de l’année 2025. L’idée est de préparer progressivement les ménages à la future grille tarifaire nationale. Ainsi, un producteur qui recevait 17,6 ct/kWh en 2024 pourrait voir ce tarif descendre à 10,15 ct/kWh en 2025. Cette baisse affecte directement les revenus des ménages injectant leur surplus dans le réseau public.
Allongement de la durée d’amortissement
Les panneaux solaires représentent un investissement important. Historiquement, la rétribution d’injection permettait d’amortir plus rapidement cet investissement. Or, avec la baisse des tarifs de rachat, le retour sur investissement s’étale dans le temps, notamment pour ceux qui consomment peu leur propre production. Cette situation pousse de plus en plus de ménages à revoir leur stratégie.
Miser sur l’autoconsommation
Le message est clair : la priorité doit désormais être donnée à la consommation personnelle. Plus un ménage consomme sa propre électricité, plus son installation devient rentable. Cette logique pousse les foyers à s’équiper de batteries solaires ou à investir dans des équipements compatibles avec la production photovoltaïque, comme la mobilité électrique.

Les batteries solaires, une solution en pleine expansion
Face à la baisse de rentabilité de la revente d’électricité, les batteries de stockage se présentent comme une alternative efficace.
Une forte croissance du marché suisse
En Suisse, les ventes de batteries ont explosé. Selon l’OFEN, environ 28 300 kWh de capacités de stockage domestique ont été vendus en 2020. Trois ans plus tard, ce chiffre atteint près de 276 500 kWh. Cette croissance spectaculaire s’explique notamment par la baisse continue des prix. Alors qu’il fallait débourser plus de 1 000 CHF/kWh il y a quelques années, certains fabricants affichent aujourd’hui des prix en dessous de 100 USD/kWh, surtout avec l’arrivée des batteries automobiles reconditionnées.
Des facteurs conjoncturels multiples
L’intérêt pour les batteries ne repose pas uniquement sur leur prix. L’arrivée de modèles performants sur le marché, comme les Tesla Powerwall ou Volta, a joué un rôle déterminant. La crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine a aussi contribué à cette évolution, en mettant en évidence les risques de pénurie et en faisant grimper les factures. Enfin, la baisse des tarifs de rachat incite de nombreux foyers à maximiser leur autonomie énergétique.
Une rentabilité renforcée
Les batteries permettent de stocker l’énergie excédentaire pour l’utiliser à des moments stratégiques, notamment le soir ou la nuit. Cela évite de devoir acheter de l’électricité au réseau à un tarif plus élevé. Ainsi, la batterie solaire améliore l’autoconsommation, réduit la dépendance aux fournisseurs et diminue les coûts énergétiques sur le long terme. En hiver, elles jouent un rôle d’autant plus important que le prix de l’électricité grimpe à cette période.
Une transition vers plus d’indépendance énergétique
Entre la baisse des prix de rachat et la démocratisation des batteries solaires, un nouveau modèle énergétique émerge en Suisse.
Vers l’autonomie énergétique
De plus en plus de ménages suisses aspirent à devenir autonomes en matière d’énergie. Avec la combinaison panneaux solaires + batteries, il devient possible de couvrir une grande partie des besoins annuels, voire d’envisager des installations complètement autonomes, notamment dans les zones rurales ou de montagne.
Un soutien politique et financier accru
Le développement de l’autoproduction est également soutenu par la Confédération et les cantons. Certains cantons proposent des subventions pour les installations de stockage, ce qui renforce encore leur attractivité. En parallèle, la nouvelle loi prévoit le remboursement partiel des frais de réseau pour les énergies produites localement.





